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La chambre 214 / VOLUME 1

La chambre 214

La clé de l’appartement de leur mère tournait mal depuis vingt ans, et Claire avait toujours su de combien il fallait la relever.

Un millimètre, pas davantage. On engageait la lame, on tirait la porte vers soi pour soulager le pêne, puis on levait à peine le poignet. Mélanie, elle, forçait. Leur mère jurait que l’une avait « le coup » et l’autre pas, comme s’il existait une qualité morale à ouvrir une serrure fatiguée.

Ce vendredi matin, dans le palier vidé de ses bruits, Claire retrouva le mouvement sans y penser. Le plafonnier à détecteur s’éteignit pendant qu’elle cherchait le second cran. Elle remua le coude, la lumière blanche revint, et la porte céda.

— Tu pouvais m’attendre, dit Mélanie derrière elle.

Claire entra sans se retourner.

L’appartement sentait la poussière froide et le produit pour parquet. Les déménageurs avaient laissé au mur du séjour les rectangles plus clairs des cadres, et, sous la fenêtre, une marque ronde à l’endroit du ficus. Tout ce qui avait été transportable avait déjà été transporté. Ne restaient que les choses dont personne ne voulait et celles dont personne n’avait encore décidé si elles comptaient.

Mélanie posa son casque de vélo sur le plan de travail.

— Le rendez-vous est à neuf heures vingt.

— Il est neuf heures six.

— Voilà. Tu viens de réciter une heure. Je suis rassurée.

Claire ouvrit le placard au-dessus de l’évier. Trois étagères vides. Elle vérifia la quatrième, trop haute pour leur mère depuis des années.

— Le dossier rouge n’était pas dans les cartons.

— Claire.

— Il contenait les factures de l’hôpital et les courriers de la mutuelle.

— Je sais ce qu’il contenait.

— Alors tu sais qu’on ne l’a pas.

Mélanie retira ses gants un doigt après l’autre. Elle travaillait de nuit à la maternité et gardait, au sortir de l’hôpital, une lenteur volontaire qui donnait aux gestes simples l’air de décisions. Claire lui avait toujours envié cette économie-là.

— On ne l’a peut-être jamais eu, dit-elle.

— Maman le mettait ici.

— Maman mettait aussi les sacs en papier dans le four. Ses systèmes ont évolué.


Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.

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S / Lecture
AU DOS DE VOTRE PARCOURS

Quelque chose
est resté.

Vous avez suivi une présence, traversé un lieu, regardé un objet. Les histoires ont gardé leur place. Votre passage a laissé une autre trace.

« Une vie dont on se souvient.
Un présent que l’on choisit. »

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Une lettre de l’expérience visuelle, conservée sur cet appareil.
La chambre 214 — Lecture — APODYOPSIS