À seize heures quarante et une, la chaise avait déjà un prénom.
Nora la vit avant Lucie.
Elle était posée dans le couloir du bâtiment B, contre le mur qui menait au bureau de la principale. Une chaise scolaire ordinaire, coque grise rayée au dossier, tubes métalliques blanchis par les chaussures. Quelqu’un avait fixé une feuille sur l’assise avec deux morceaux de ruban transparent.
**YANNIS VALÉRA — 3e B**
En dessous, au feutre bleu : **ON NE T’OUBLIE PAS.**
Deux élèves attendaient près du distributeur d’eau. Ils cessèrent de parler quand Nora passa. L’un d’eux tenait son téléphone trop bas pour ne pas être en train de filmer.
— Rangez ça, dit Sophie Menard depuis la porte de son bureau.
Le garçon glissa l’appareil dans sa poche.
Sophie avait gardé son manteau. Elle ne proposa pas de café, ne demanda pas comment allait la mairie, ne prononça pas le mot APODYOPSIS. Nora lui en fut reconnaissante pendant environ trois secondes.
— Lucie est avec son père dans la salle d’entretien. Elle va bien. Elle a arraché la feuille du casier, pas celle-là.
— Celle-là vient d’où ?
— D’une classe. Et si je la fais enlever maintenant, j’ai huit parents qui m’accusent d’effacer un élève.
— S’il n’est pas inscrit, ce n’est pas un élève.
Sophie la regarda.
— Essaie cette phrase devant Malo.
Nora ne répondit pas.
La salle d’entretien était juste en face. À travers la vitre dépolie, elle distinguait la silhouette de Mathieu, assis, et Lucie debout près de la fenêtre. Elle aurait pu pousser la porte. Elle avait dit qu’elle viendrait. Lucie lui avait demandé de venir.
Sophie lui tendit une pochette transparente.
— D’abord ça. C’est pour ça que je t’ai fait passer par ici.
À l’intérieur se trouvait la feuille quadrillée photographiée par Lucie : deux colonnes, **SE SOUVIENT** et **NE SE SOUVIENT PAS**. Les prénoms avaient été copiés à la main. À côté de Lucie, **NIE** barrait presque la ligne rouge du quadrillage.
Nora retourna la pochette.
— L’original ?
Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.