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La photo de l’absente / VOLUME 2

Celle qu'on a retirée

Le portrait était revenu au-dessus du buffet un samedi où personne n’avait eu le temps de s’en occuper.

Odette avait exigé qu’on le raccroche avant le déjeuner, Anne avait répondu que le mur pouvait très bien supporter encore vingt-quatre heures de vide, Julien avait rappelé qu’il avait une perceuse dans le coffre, et l’affaire s’était réglée de la manière dont se réglaient désormais les choses aux Ormes : par un compromis que chacun racontait ensuite comme sa propre décision.

Le dimanche matin, le cadre penchait de nouveau.

Camille le vit dès qu’elle entra avec deux sacs de courses et une caisse de bocaux vides promise à sa mère depuis trois semaines. Elle ne le redressa pas. Ce renoncement minuscule lui donna moins de satisfaction qu’au début du mois. À force de transformer ses bonnes conduites en exercices, elle finissait par leur enlever toute élégance.

— Pose les bocaux dans la cuisine, dit Anne. Pas sur la table.

— Bonjour à toi aussi.

— Bonjour. Pas sur la table.

La table avait disparu sous les papiers de vente de la maison. Diagnostic énergétique, plan cadastral, liste de travaux, estimation de l’agent immobilier, deux devis pour une fosse dont personne n’avait envie de parler avant le café. Julien avait ajouté, au feutre, une colonne intitulée « ARGENT QU’ON N’A PAS » qui contenait presque tous les montants.

Odette était installée près de la fenêtre avec un pull couleur prune et un catalogue de jardinerie. Elle avait décidé qu’elle emporterait trois rosiers en pot lors de son déménagement, bien qu’aucun rosier des Ormes ne fût en pot et qu’elle ne sache pas encore où elle habiterait après la vente.

— Les gens déplacent des maisons en pierre, avait-elle dit la veille à Anne. Vous arriverez bien à déplacer trois racines.

Camille posa ses sacs dans la cuisine et revint avec la cafetière.

— L’exposition tient toujours debout ? demanda Julien.

— Depuis vingt heures. On a eu cent quatre-vingt-trois visiteurs hier.

— Et personne n’a remarqué qu’il manquait le portrait le plus compliqué de France ?


Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.

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S / Lecture
AU DOS DE VOTRE PARCOURS

Quelque chose
est resté.

Vous avez suivi une présence, traversé un lieu, regardé un objet. Les histoires ont gardé leur place. Votre passage a laissé une autre trace.

« Une vie dont on se souvient.
Un présent que l’on choisit. »

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Une lettre de l’expérience visuelle, conservée sur cet appareil.
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