À 7 h 12, Maud Varenne décolla le rabat transparent sans déchirer le papier.
C’était une habitude acquise à force de dossiers qui n’avaient jamais le droit d’avoir l’air importants. Les documents réellement dangereux arrivaient sous des couvertures beiges, avec des coins mous, des agrafes ordinaires et des mentions dont la banalité avait été travaillée par des gens payés pour cela. Celui qu’elle tenait portait, en haut à droite, un numéro de série et une bande grise : **FICHE D’ANTICIPATION — À OUVRIR APRÈS HORODATAGE**.
Elle vérifia l’heure à l’horloge murale, l’inscrivit au stylo noir, puis posa son paraphe à cheval sur le rabat.
De l’autre côté de la cloison, la machine à café se mit à moudre avec un bruit de gravier. Le plateau d’analyse du quatrième sous-sol s’animait par petites secousses : lecteurs de badge, soufflerie, chaises qu’on tirait sans les soulever. Aucun téléphone personnel n’était autorisé dans la zone. Les gens y arrivaient avec une montre, parfois un carnet, et cet air légèrement amputé de ceux qui ne savaient plus quoi faire de leurs mains pendant les temps morts.
La fiche ne contenait rien d’extraordinaire. Un exercice de prévision, comme le service en produisait chaque semaine : trois hypothèses sur un intermédiaire commercial repéré à la frontière belge, un calendrier possible, des indicateurs à surveiller. Maud lut les deux pages, replia le feuillet et le glissa sous la plaque de plexiglas réservée aux pièces « avant événement ».
Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.