Le coin de l’étiquette se soulevait depuis trois jours.
Nora Delmas l’avait recollé deux fois, avec la colle réversible du laboratoire et la patience réglementaire, mais le carton gris de la boîte refusait cette greffe minuscule. À dix-sept heures douze, alors qu’elle aurait dû finir l’inventaire du rayon C et partir avant les embouteillages, elle posa le plat de l’ongle sur la bande de papier et attendit dix secondes.
Elle comptait toujours jusqu’à dix. Les adhésifs, les ascenseurs, les gens qui promettaient de rappeler : elle leur accordait à tous le même délai avant de conclure qu’ils n’avaient pas tenu.
— Tu vas finir par lui faire un pansement, dit Salomé derrière elle.
Nora ne se retourna pas. La salle de traitement était presque vide ; les chariots stationnaient entre les tables comme des meubles abandonnés après une réception. La ventilation soufflait au-dessus des armoires ignifugées avec un bruit de mer lointaine. Il faisait dix-huit degrés, cinquante pour cent d’humidité, et son téléphone vibrait dans la poche de sa blouse depuis suffisamment longtemps pour qu’elle sache qui appelait.
— C’est une cote, répondit-elle. — C’est du papier qui rebique. — Une cote qui rebique. — Voilà. Là, tu fais déjà une histoire.
Nora leva enfin la tête. Salomé Rolin avait retiré ses gants et tenait son casque de vélo sous le bras. Sur le bord de la table, le bac des trombones rouillés attendait d’être vidé. Elle avait cette façon de regarder Nora sans insister, comme si l’insistance était un travail qu’elle refusait de faire gratuitement.
— Jules ? demanda-t-elle en désignant la poche de Nora. — Probablement. — Vous signez à dix-huit heures trente. — Je sais. — C’est la définition d’un rendez-vous, normalement.
Nora consulta l’écran. Trois appels manqués. Un message : *Je pars de l’agence. Dis-moi juste si je t’attends.*
Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.