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La vie d'à côté / VOLUME 1

LA VIE D'À CÔTÉ

Chez Jean Mercer, les objets importants finissaient toujours dans le même saladier en verre, entre les prospectus de la pizzeria et les piles mortes qu’elle jurait de faire recycler. Ce dimanche-là, Clara y trouva ses clés, deux pièces de monnaie, une pince à cheveux qui n’était à personne et le bracelet blanc de l’hôpital qu’elle avait retiré dans la voiture sans réussir à le jeter.

Elle le prit avant les clés.

Le plastique avait gardé la courbe de son poignet. Son nom, sa date de naissance, un numéro interminable et les lettres de l’unité de cardiologie se lisaient encore sous une fine rayure. Rien d’extraordinaire : un objet de cinq grammes qui disait seulement qu’on l’avait admise à Manchester Royal Infirmary un dimanche soir et qu’on l’avait laissée ressortir le vendredi suivant.

— Tu comptes le faire encadrer ? demanda Lucy depuis la cuisine.

— Je cherchais mes clés.

— Elles sont sous le souvenir traumatique.

Clara souleva le trousseau. La petite clé plate de son appartement tinta contre celle du local à poubelles. Il y en avait une troisième, plus lourde, avec une pastille jaune autour de la tête.

Elle la reconnut trop tard.

Ben, accroupi près du canapé pour remettre une chaussure à Alfie, leva les yeux.

— Celle-là est à moi.

La clé de sa maison. Il la lui avait donnée en juin, dans le jardin d’un pub de Chorlton, avec une solennité que Clara avait immédiatement désamorcée en demandant si elle donnait accès au tiroir où il cachait les bonnes chips. Depuis, elle l’avait gardée dans une poche intérieure de son sac plutôt que sur son trousseau. Vendredi, quand Ben avait ramené ses affaires de l’hôpital, il avait dû la remettre avec le reste.

— Je sais, dit-elle.

— C’est déjà rassurant.

Jean entra avec un plat de pommes de terre rôties et le posa sur la table comme si la gravité dépendait d’elle.

— On peut éviter les blagues sur la mémoire pendant un repas ?

— C’est la mémoire qui est drôle, répondit Lucy. Les gens, moins.

Alfie, huit ans, leva la tête de son lacet.

— Tata Clara, tu es morte combien de temps ?


Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.

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S / Lecture
AU DOS DE VOTRE PARCOURS

Quelque chose
est resté.

Vous avez suivi une présence, traversé un lieu, regardé un objet. Les histoires ont gardé leur place. Votre passage a laissé une autre trace.

« Une vie dont on se souvient.
Un présent que l’on choisit. »

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Une lettre de l’expérience visuelle, conservée sur cet appareil.
LA VIE D'À CÔTÉ — Lecture — APODYOPSIS