À deux heures du matin, Bellwether n’avait plus besoin de soleil.
Le ciel du jeu avait été coupé pour la nuit, remplacé par une lumière plate qui facilitait la chasse aux défauts. Les façades semblaient alors sorties d’un atelier de maquettes : stuc gris, briques ocres, enseignes sans halo, vitres noires. Depuis le poste de contrôle, Amaya Serrano faisait glisser la ville sous elle avec la molette de sa souris, passant d’un quartier à l’autre à une vitesse qu’aucun joueur n’aurait supportée.
Sur l’écran de gauche, la carte générale. Sur celui du centre, la vue de la caméra libre. À droite, les courbes du serveur de test remontaient par paquets de dix secondes. Tout ce qui comptait cette nuit tenait dans ces trois surfaces et dans le grondement continu des baies installées derrière la cloison vitrée.
— Reviens à Sable, dit Julian.
Il était assis deux postes plus loin, le sweat de Lantern House retourné sur l’envers parce que le logo l’irritait au cou. Il n’avait pas levé les yeux de sa console.
Amaya recula la caméra. Une avenue à quatre voies réapparut, puis la petite place triangulaire coincée entre un parking, une pharmacie et un immeuble rose pâle. Rien de spectaculaire. C’était précisément pour cela qu’elle aimait cet endroit.
— Plus bas, dit Julian.
— Je sais où est Sable.
— Je ne te guide pas. Je cherche le bug.
Elle eut un sourire qui ne lui était pas destiné. Neuf années à fabriquer des choses ensemble et ils avaient encore trouvé des nuances nouvelles à la même dispute.
Au coin de Sable et de la Quatorzième, un arrêt d’autobus projetait son ombre vers le nord. Amaya s’en approcha, modifia l’heure virtuelle, puis la saison. L’ombre pivota, mais le banc resta éclairé comme à midi.
— Light probe, dit-elle.
— Oui.
— Il prend celle du commerce d’en face.
Julian finit par regarder.
— Pourquoi ?
Elle zooma sur la façade de la pharmacie. Derrière l’enseigne, une petite zone de collision dépassait d’environ trente centimètres dans le trottoir. Amaya ouvrit le calque de navigation, révéla les polygones colorés, puis le maillage des lumières.
Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.