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Les sœurs de l'hiver / VOLUME 1

LES SŒURS DE L'HIVER

La maison avait commencé à rétrécir dès qu’ils avaient décidé de la vendre.

Mara s’en aperçut en essayant de faire passer la grande table de sapin par la porte de la salle à manger. Pendant trente-neuf ans, cette table avait paru immobile, aussi naturelle que la pente derrière la maison ou que la ligne sombre des épicéas autour du lac. À présent, débarrassée de sa toile cirée, elle butait contre le chambranle et refusait de devenir un objet transportable.

— Soulève ton côté, dit Helen.

— Je soulève.

— Non. Tu tires.

— Maman, si je soulève davantage, je passe par-dessus.

Helen lâcha sa prise. Le plateau retomba d’un centimètre avec un bruit mat qui fit vibrer les verres rangés dans le buffet. Elle repoussa une mèche grise sous son bonnet de laine, qu’elle n’avait pas retiré malgré la chaleur trop sèche du poêle.

— Alors on la laisse aux acheteurs.

— Ils n’achètent pas les meubles.

— Ils achètent la maison de ton père. S’ils veulent la table de ton père, qu’ils se débrouillent avec.

Il n’était mort que depuis onze jours et Helen disait déjà « ton père » comme elle l’avait fait pendant les vingt années qui avaient suivi leur divorce : un homme dont la parenté n’allait que dans un sens.

Mara redressa la table et regarda la marque plus claire qu’elle laissait sur le plancher. Dehors, le jour de novembre s’aplatissait contre les fenêtres. Raven Lake n’était pas encore pris tout entier. Une peau de glace terne avançait depuis les anses, laissant au centre une eau noire que le vent ridait à peine. À cette saison, la lumière semblait toujours sur le point de s’en aller avant d’avoir vraiment commencé.

— La photographe vient à quatre heures, dit Mara. Si on ne sort pas la table, il faut au moins vider la pièce.

— Elle peut photographier le désordre. C’est honnête.

— Ce n’est pas comme ça qu’on vend une maison.

Helen lui adressa le regard qu’elle réservait autrefois aux institutions, aux hommes en uniforme et aux recettes qui prétendaient distinguer une cuillère à soupe d’une quantité raisonnable.

— Tu parles comme l’agent immobilier.


Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.

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S / Lecture
AU DOS DE VOTRE PARCOURS

Quelque chose
est resté.

Vous avez suivi une présence, traversé un lieu, regardé un objet. Les histoires ont gardé leur place. Votre passage a laissé une autre trace.

« Une vie dont on se souvient.
Un présent que l’on choisit. »

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Une lettre de l’expérience visuelle, conservée sur cet appareil.
LES SŒURS DE L'HIVER — Lecture — APODYOPSIS