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Là où chantent les absents / VOLUME 1

LÀ OÙ CHANTENT LES ABSENTS

À neuf heures douze, la climatisation du dépôt s’arrêta avec un soupir de vieille bête et Lena Broussard leva les yeux avant même que les néons ne changent de bruit.

Elle connaissait les pannes du bâtiment à leur manière de commencer. Celle-ci n’aurait pas duré. La minuterie du compresseur s’enrayait les lundis humides, depuis qu’un technicien avait remplacé une pièce avec le modèle presque correct. Dans trois minutes, le souffle reprendrait par les grilles du plafond, la poussière très fine remuerait au-dessus de la table de tri et Odette, dans son bureau vitré, ferait semblant de n’avoir rien remarqué.

Lena posa pourtant la boîte qu’elle tenait.

La collection Delatte avait passé vingt-sept ans dans un atelier au bord du bayou des Vignes, puis deux nuits dans un garage dont la toiture avait laissé entrer la pluie. Les cartons sentaient le bois mouillé, l’huile ancienne et cette douceur de papier fermenté qu’Odette appelait « l’odeur d’une catastrophe qui prend son temps ». Ils avaient reçu six caisses la semaine précédente : registres de commandes, photographies, patrons de métal, factures, dessins d’oiseaux et de poissons, petits objets en laiton que Laurent Delatte fabriquait autrefois entre deux réparations de moteurs.

Sur le buvard, devant Lena, reposait un pendentif en forme de héron.

Le sachet qui l’avait contenu portait une auréole brune jusque sous l’ancienne agrafe. Lena avait photographié la trace avant de déplacer quoi que ce soit, parce que l’eau racontait parfois davantage sur le trajet d’un objet que son propriétaire. Eau douce, fuite de toiture, condensation : elle n’aurait pas su les distinguer à l’œil, et elle s’était interdit depuis longtemps d’appeler « bayou » toute boue qui entrait au dépôt. Pourtant, le limon collé au métal lui rappelait les rampes de mise à l’eau de son enfance, cette pellicule noire qui restait sous les ongles même après le savon.

Elle nota seulement : **résidu sédimentaire sombre — origine non déterminée**.

La formulation lui parut terne et donc probablement correcte.


Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.

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S / Lecture
AU DOS DE VOTRE PARCOURS

Quelque chose
est resté.

Vous avez suivi une présence, traversé un lieu, regardé un objet. Les histoires ont gardé leur place. Votre passage a laissé une autre trace.

« Une vie dont on se souvient.
Un présent que l’on choisit. »

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Une lettre de l’expérience visuelle, conservée sur cet appareil.
LÀ OÙ CHANTENT LES ABSENTS — Lecture — APODYOPSIS