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L'équation de Shinjuku / VOLUME 1

L’alibi parfait

Arai avait onze minutes à faire tenir entre deux punaises rouges.

Il repoussa du coude un gobelet de café qui menaçait la carte plastifiée du métro et planta la première punaise à la sortie ouest de Shinjuku. 21 h 52. La seconde rejoignit une photocopie du plan des rues, plus bas sur le tableau : l’escalier de service où Masaru Ibuki avait été retrouvé avec la nuque brisée. 22 h 04, selon l’appel du chauffeur de taxi qui avait découvert le corps.

Onze minutes, si l’on marchait vite. Neuf en coupant par l’allée derrière l’hôtel. Arai l’avait fait deux fois.

— Tu vas finir par user le trottoir, dit Sakamoto derrière lui.

Elle posa sur son bureau un sachet transparent. À l’intérieur, la carte de transport de Daigo Hori semblait aussi inoffensive qu’une carte de fidélité : bord gris, coin arrondi, une rayure blanche en travers du logo. L’étiquette indiquait l’heure de saisie, le numéro du scellé, la signature de l’agent.

Arai vérifia d’abord l’étiquette.

— L’historique est revenu ?

— Sortie ouest à 21 h 52. Comme hier. Comme avant-hier. Les données n’ont pas changé pendant la nuit, c’est rassurant.

Il ignora l’ironie. Sur l’écran du poste voisin, la transcription du message vocal occupait quatre lignes.

22 h 11 min 08 s.

*C’est fini. Il ne me parlera plus. Je te rappelle demain.*

Le destinataire était le frère de Hori. Le téléphone avait horodaté l’envoi ; le serveur de l’opérateur confirmait la réception à onze secondes près. Ibuki et Hori s’étaient disputés devant trois collègues le matin même. Ibuki avait menacé de dénoncer des détournements de matériel dans leur entreprise. À vingt et une heures cinquante-deux, la carte de Hori quittait le métro. Douze minutes plus tard, un homme mourait dans un passage que Hori connaissait. Sept minutes après, Hori disait qu’Ibuki ne lui parlerait plus.

Arai traça du doigt la ligne entre les punaises.

— On demande la perquisition.

Sakamoto ne bougea pas.

— Sur quoi ?

— Sur ça.

— « Ça » n’est pas une rubrique du formulaire.


Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.

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S / Lecture
AU DOS DE VOTRE PARCOURS

Quelque chose
est resté.

Vous avez suivi une présence, traversé un lieu, regardé un objet. Les histoires ont gardé leur place. Votre passage a laissé une autre trace.

« Une vie dont on se souvient.
Un présent que l’on choisit. »

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Une lettre de l’expérience visuelle, conservée sur cet appareil.
L’alibi parfait — Lecture — APODYOPSIS