*Paris, 28 août 1939.*
Jeanne Valin tenait la boîte contre son genou pendant qu’André Pasquier cherchait le bon numéro dans le registre.
La ficelle avait été remplacée trois fois depuis 1882. On le savait parce que trois notices l’affirmaient, chacune dans une écriture différente, et parce que le carton portait à ses angles les traces de trois serrages qui ne tombaient pas au même endroit. Malgré cela, Pasquier examinait le nœud comme s’il espérait reconnaître la main de son grand-père.
— Dix-sept B, dit enfin Jeanne.
— Dix-sept A.
— Le A est la notice publique. La boîte est le B.
— C’est un système conçu pour humilier les descendants.
— Votre grand-père l’a approuvé.
— Mon grand-père a approuvé beaucoup de choses à partir du moment où votre tante cessait de lui parler.
Jeanne posa la boîte sur la table. La salle du dépôt Lhomond se trouvait deux étages sous la cour, derrière une porte que la Société médicale appelait « la réserve » et que le concierge appelait « la cave sèche » avec une prudence de locataire parisien. Le plafond était bas, coupé de tuyaux. Une gaine d’aération vibrait par moments lorsque le vent descendait dans la cour. Sur les rayonnages, des cartons gris, bruns ou autrefois bleus portaient des cotes anciennes conservées sous les nouvelles. La plupart n’avaient rien de spectaculaire : comptes, bordereaux, lettres de médecins, catalogues de ventes, déclarations de personnes qui s’étaient crues somnambules, possédées, doubles, mortes ou simplement malades.
On les avait gardés parce que Marguerite Valin avait réussi, cinquante-sept ans plus tôt, à convaincre une assemblée de médecins qu’une mauvaise preuve correctement conservée pouvait être plus utile qu’une belle histoire.
Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.