Le portrait de Silvestre Morales prit la place de travers.
Remedios le redressa une première fois, puis une deuxième. Le carton avait gondolé avec les années et refusait de tenir contre le mur de briques blanchies, même avec deux épingles. Sur la photographie, Silvestre posait dans une veste trop grande, le menton levé comme s’il s’était fait surprendre au moment de contester quelque chose. Il avait disparu sept ans plus tôt. Personne à San Isidro ne l’avait vu mort.
C’était précisément le problème.
— Mets-le avec les absents, dit Remedios.
Clara, sa fille, resta sur l’escabeau avec le portrait entre les mains.
— Doña Natividad l’a apporté pour l’autel.
— Je sais d’où il vient.
— Elle a mis du pain avec.
— Le pain peut rester.
À treize ans, Clara possédait déjà la manière de regarder des femmes de la famille lorsqu’elle jugeait qu’elles compliquaient une affaire simple. Elle descendit de l’escabeau sans répondre. Dans la pièce du devant, la chaleur de l’après-midi était retenue par les murs. Les pétales de cempasúchil avaient commencé à perdre leur raideur dans les assiettes. Une orange ouverte répandait une odeur fraîche parmi la cire, le sucre et le plâtre. Remedios prit le portrait de Silvestre et le posa sur la petite table près de la fenêtre, où s’accumulaient les choses qui n’avaient pas encore trouvé leur place : une médaille sans nom, deux rubans violets, une photographie d’enfant dont le dos portait seulement *à ma sœur*, et une paire de lunettes rondes qui n’appartenait plus à personne.
Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.