Le sceau du curé avait tenu toute la nuit, ce qui ne disait rien de la photographie et beaucoup des habitudes de don Ernesto Villegas.
Il avait utilisé de la cire rouge, un fil de lin et son cachet paroissial, puis il avait posé l’enveloppe au milieu d’une armoire pleine de registres de baptêmes comme si l’Église avait attendu trois siècles pour apprendre à conserver les secrets de Remedios Salvatierra.
— Je vous préviens, dit-il, si vous me demandez encore si quelqu’un a regardé, je vous répondrai oui par lassitude.
Remedios retira ses gants. La sacristie était froide malgré le soleil déjà haut sur San Nicolás. Une fenêtre étroite donnait sur un figuier dont les feuilles cognaient contre le mur à chaque rafale. Sur la table se trouvaient trois objets : l’enveloppe scellée, une boîte de cèdre apportée par Esteban Cárdenas et le petit carnet de Remedios, fermé.
— Quelqu’un a regardé ? demanda-t-elle.
Don Ernesto leva les yeux au plafond.
Esteban rit. C’était un homme d’une quarantaine d’années, maigre, avec des mains qui paraissaient trop grandes pour son veston. Il avait écrit au journal après avoir reconnu, dans l’article de Lora, la description d’une photographie gardée par sa tante Refugio. Il n’avait pas écrit à Remedios. Cela aussi faisait partie des choses qu’elle s’obligeait à ne pas oublier.
— Je l’ai vue, moi, dit-il. Avant de la déposer. C’est encore mon bien, jusqu’à preuve du contraire.
— Je ne vous demande pas de l’oublier.
— Heureusement. On commence à exiger beaucoup de choses des souvenirs, dans votre affaire.
La route depuis San Isidro avait pris presque cinq heures. Jacobo avait refusé de venir sous prétexte qu’un secrétaire municipal ne quittait pas son bureau pour vérifier ce qui, précisément, ne devait pas entrer dans un dossier municipal. Lora avait voulu accompagner Remedios ; elle lui avait répondu que le fait de savoir attendre constituait parfois une méthode journalistique. Il avait ri, puis n’était pas venu.
Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.