À six heures moins vingt, la corde était encore sèche.
Maëlle la déroula sur le tapis de caoutchouc, mètre après mètre, en laissant la paume courir sur la gaine. Les lampes du local n’étaient pas allumées. La porte ouverte donnait sur une bande de mer presque grise, le profil sombre des montagnes d’Arabie au-delà du golfe et, juste en dessous, la promenade de Dahab où un homme empilait des chaises en plastique devant un café. Chaque fois que la corde glissait sur le sol, elle produisait un petit bruit de papier froissé.
Rami s’accroupit près du lest.
— Tu cherches quoi ?
— Rien.
— Tu cherches très précisément rien.
Elle leva la corde pour examiner une zone aplatie.
— Là.
Rami passa deux doigts sur la gaine.
— C’est la marque du bloqueur. Elle était déjà là hier.
Maëlle relâcha la corde. Il avait vingt-six ans, des épaules trop larges pour les tee-shirts du club et cette façon de sourire qui transformait chaque objection en proposition de jeu. À l’eau, il devenait méthodique. À terre, il essayait encore de lui faire dire ce qu’elle n’avait pas envie de dire.
Sur son poignet, l’ordinateur de plongée indiquait 05:42. Elle l’avait porté toute la nuit par oubli. La trace ronde du bracelet avait marqué sa peau.
— On met le mouillage au même endroit ? demanda Rami.
La mer occupait toute l’ouverture devant elle.
Le jour précédent, Youssef avait voulu déplacer la ligne d’une trentaine de mètres vers le nord. Le vent annoncé devait tourner à neuf heures et la zone y serait plus facile à évacuer. Maëlle avait refusé. Pas parce qu’elle savait mieux que lui. Elle s’était contentée de montrer une encoche dans le récif, une sorte de V noir visible depuis la promenade, et d’affirmer que le fond y descendait plus proprement.
Elle ne l’avait jamais vérifié.
Elle connaissait cette encoche depuis un rêve.
Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.