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Le pays sans guerre / VOLUME 1

Le pays sans guerre

La carte de Syrie prenait presque toute la table, si bien que Rasha avait posé le pain sur le rebord de la fenêtre.

Elle avait imprimé la carte au travail, sur une feuille trop grande pour l’imprimante de la maison, et les plis formaient des crêtes pâles entre Homs, Damas et la frontière turque. À côté, le dossier bleu du Bundesamt avait déjà absorbé une tache de café. Rasha s’en irritait chaque fois qu’elle la voyait. Nadim, lui, trouvait qu’elle ressemblait à une île.

— Tu ne peux pas dire « je ne sais plus » à tout, dit-elle.

Elle parlait bas parce que Nour dormait encore dans la petite chambre, derrière la cloison. Le radiateur claquait à intervalles réguliers. Dans la cour, quelqu’un tirait une poubelle sur les pavés mouillés.

Nadim posa l’index sur le nord de la carte, puis le retira. Sa sœur avait entouré au stylo quatre villes et tracé une ligne qui descendait en biais vers la côte turque.

— Je ne dis pas que je ne sais plus.

— Tu viens de le dire trois fois.

— Je dis que ce n’est pas comme ça que je m’en souviens.

Rasha se redressa. Elle avait encore son uniforme de nuit, pantalon sombre, haut bordeaux, les cheveux attachés avec un élastique qu’elle mordait quand elle travaillait. Elle rentrait de la clinique à six heures vingt, faisait du café, réveillait Nour à sept heures, puis dormait jusqu’à midi. Depuis que Nadim vivait chez elle, ce programme avait perdu ses angles. Il y avait toujours un papier à signer, un rendez-vous à retrouver, une enveloppe qu’il n’avait pas ouverte.

— Très bien. Alors raconte-moi comme toi tu t’en souviens.

Il fixa le mot HOMS. L’encre noire avait bavé sur le H.

La première image qui lui vint fut celle de leur mère coupant des tomates sur le balcon, un torchon posé sur l’épaule. Rien d’utile. Ensuite le bruit d’une perceuse chez le voisin du dessous. Ensuite le rire de Nour à huit ans, à l’aéroport, quand elle avait refusé de laisser son sac passer sur le tapis parce qu’il contenait un pot de confiture d’abricot emballé dans deux chaussettes.

— On était à la maison, dit-il.

Rasha ferma les yeux.

— Nadim.


Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.

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S / Lecture
AU DOS DE VOTRE PARCOURS

Quelque chose
est resté.

Vous avez suivi une présence, traversé un lieu, regardé un objet. Les histoires ont gardé leur place. Votre passage a laissé une autre trace.

« Une vie dont on se souvient.
Un présent que l’on choisit. »

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Une lettre de l’expérience visuelle, conservée sur cet appareil.
Le pays sans guerre — Lecture — APODYOPSIS