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Le bureau des souvenirs trouvés / VOLUME 1

Le bureau des souvenirs trouvés

Le tiroir coinçait toujours au même endroit, à deux doigts de la fermeture, comme s’il refusait de reconnaître qu’on en avait fini avec lui.

Mizuki le tira de nouveau, posa la paume sous le bois pour le soulager et essaya en le maintenant légèrement de biais. Une rangée de vis roula vers le fond. La plus petite s’échappa, rebondit sur le tatami et disparut sous le buffet.

— Voilà, dit sa mère. Ton père se venge.

— Il se serait vengé avec une vis cruciforme. Celle-là est plate.

Fumiko leva les yeux de son carton sans sourire tout à fait. À soixante-neuf ans, elle avait gardé cette façon de faire sentir qu’une plaisanterie n’obligeait personne à interrompre ce qu’il faisait. Elle plia un vieux torchon, le posa dans la caisse marquée À DONNER et reprit son tri.

La maison sentait le bois froid, le thé grillé et la poussière déplacée. Dehors, un camion de livraison venait de se coincer dans la rue trop étroite. Le conducteur parlait avec quelqu’un d’une voix patiente, puis moins patiente. Une sonnette de vélo tinta deux fois. Dans la pièce, les objets changeaient de propriétaire par piles : garder, donner, jeter, demander à Yui.

Mizuki détestait la quatrième pile.

— Demander à Yui, répéta-t-elle en lisant l’étiquette. On pourrait aussi créer « demander à l’empereur ».

— L’empereur répondrait plus vite.

Cette fois, Fumiko sourit.

Le petit meuble à six tiroirs se trouvait depuis toujours près de la fenêtre. Dans cette maison-ci, du moins. Le vernis avait blanchi autour des poignées, et le deuxième tiroir portait une brûlure ronde laissée par un fer à souder. Hiroshi Senda y rangeait ce qui pouvait servir à réparer ce qu’un être raisonnable aurait jeté : boutons, ressorts, fils, morceaux de cuir, charnières sans paire, tubes de colle desséchés qu’il jurait encore bons.

Dans l’autre vie dont Mizuki se souvenait, il y avait eu sept tiroirs.


Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.

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S / Lecture
AU DOS DE VOTRE PARCOURS

Quelque chose
est resté.

Vous avez suivi une présence, traversé un lieu, regardé un objet. Les histoires ont gardé leur place. Votre passage a laissé une autre trace.

« Une vie dont on se souvient.
Un présent que l’on choisit. »

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Une lettre de l’expérience visuelle, conservée sur cet appareil.
Le bureau des souvenirs trouvés — Lecture — APODYOPSIS