À 7 h 12, le bouton ne servait qu’à faire entrer quelqu’un.
Il était carré, couleur ivoire, encastré sous le rebord du bureau à la place exacte où la main droite de Claire Danner venait se poser lorsqu’elle cessait d’écrire. On le trouvait dans presque toutes les pièces où l’on attendait d’elle une décision : une pression pour appeler le secrétaire particulier, une autre pour demander qu’on ouvre la ligne sécurisée, un voyant pour signaler que la pièce pouvait être dérangée. Rien de spectaculaire. La première fois qu’on le lui avait montré, le jour de son installation, elle avait demandé combien de personnes se mettaient en mouvement lorsqu’elle l’effleurait.
Le huissier avait cru à une plaisanterie.
Depuis, elle savait. Rarement moins de trois.
Ce matin-là, elle appuya une fois.
Mara Calder passa la tête par la porte moins de vingt secondes plus tard, une tasse dans une main et trois chemises dans l’autre.
— Dis-moi que c’est le discours agricole.
— Situation Room. Cinq minutes.
La chef de cabinet ne bougea pas. Elle regarda l’horloge, puis Claire.
— Tu as les gouverneurs à sept heures trente.
— Décale-les.
— Je peux les décaler. Je te rappelle simplement que ce sont les mêmes que tu as décalés hier pour un rapport que Leila a ensuite qualifié de « probablement mal interprété ».
Claire referma le dossier qu’elle lisait. La carte satellite restait visible sur la page du dessous : trois rectangles pâles sur la côte nord de la Vostrie, chacun marqué d’une heure, d’un degré de confiance et d’un commentaire si prudent qu’il en devenait presque provocant.
— Trois relais d’alerte ont cessé d’émettre dans la même fenêtre.
— Et ils ont recommencé.
— Dix-sept minutes plus tard.
Mara souffla sur son café.
— Dix-sept minutes, c’est long pour un radar et court pour une guerre.
Claire leva les yeux. Mara avait ce talent agaçant qui consistait à rendre une situation plus claire en la rendant moins solennelle.
— Cinq minutes, répéta Claire.
Cette fois, Mara partit.
Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.