RECHERCHER DANS L’ARCHIVE

Aucune occurrence à ce niveau de lecture. Vérifier mes réglages.

Les homonymes et les branches restent distincts.Recherche complète ↗
La maison qui me reconnaît / VOLUME 1

LA MAISON QUI ME RECONNAÎT

La maison avait une façon déplaisante de raccourcir le couloir.

Mara Bell s’en aperçut la première fois en portant une caisse de livres, ce qui n’avait rien d’un moment propice aux révélations. Elle avait le carton sous le menton, un genou contre la rampe, et son frère derrière elle qui jurait parce que les déménageurs avaient laissé le sommier au pied de l’escalier au lieu de le monter. Au palier, Mara pivota sur la gauche, avança de deux pas et heurta l’encadrement de la chambre d’amis avec son épaule.

— Tu vas tenir deux jours ici, dit Ben.

Elle posa le carton sur le parquet avant de lui répondre. Sa manche avait remonté, découvrant la petite marque blanche en étoile à l’intérieur de son poignet droit.

— Je viens d’acheter la maison.

— Ce n’est pas une réponse à ce que j’ai dit.

— C’est littéralement la réponse la plus chère que j’aie jamais faite.

Il sourit malgré lui. Ben avait six ans de moins qu’elle et la même bouche que leur mère quand il estimait qu’une plaisanterie ne devait pas acquitter quelqu’un de ses dettes. Il regarda le couloir, puis l’angle de son épaule.

— T’as raté une porte.

— J’avais la vue bouchée.

— Évidemment.

Il reprit la caisse. Mara le laissa passer et resta une seconde au milieu du palier. Un vieux radiateur de fonte tiquait derrière elle, quatre coups inégaux puis le silence. Elle nota malgré elle le rythme, comme on note un défaut de chantier qu'on reviendra vérifier.

La maison de Harlow Road avait été construite au début du siècle précédent, puis agrandie au moins deux fois, et cela se voyait. Le rez-de-chaussée possédait cette logique ancienne des pièces disposées autour d’un axe central ; l’étage, lui, avait été corrigé par des propriétaires successifs qui n’avaient jamais eu la politesse de consulter leurs prédécesseurs. Une chambre était plus profonde qu’elle ne semblait devoir l’être. Une autre perdait un triangle entier sous la pente du toit. Le couloir décrivait, après l’escalier, un léger coude vers la droite avant de retrouver la façade est.

C’était ce coude que son corps refusait.


Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.

Revenir au volume ↗
S / Lecture
AU DOS DE VOTRE PARCOURS

Quelque chose
est resté.

Vous avez suivi une présence, traversé un lieu, regardé un objet. Les histoires ont gardé leur place. Votre passage a laissé une autre trace.

« Une vie dont on se souvient.
Un présent que l’on choisit. »

Écrire ma première version ↗Retrouver mes traces ↗
Une lettre de l’expérience visuelle, conservée sur cet appareil.
LA MAISON QUI ME RECONNAÎT — Lecture — APODYOPSIS