À six heures cinquante-deux, la porte d’isolement refusait de fermer.
Claire Veyron la ramena deux fois contre le bâti avant de comprendre qu’un coin de la sangle du chariot à linge s’était glissé sous le joint. Elle le dégagea du bout de sa chaussure, tira la porte jusqu’au déclic et attendit la petite dépression d’air qui lui pinça les oreilles. Le voyant passa du rouge au vert.
— Voilà, dit-elle.
Personne ne lui avait demandé de réparer la porte.
À travers la vitre, monsieur Dallier, cinquante-neuf ans, ancien couvreur, bronchite depuis trois semaines et une image douteuse au sommet du poumon droit, dormait sur le côté. Son masque chirurgical avait glissé sous son nez. Claire hésita une seconde, entra, le remonta sans le réveiller et ressortit en jetant ses gants dans la poubelle jaune.
Amina Harbi, la cadre du service, l’attendait dans le couloir avec un dossier cartonné sous le bras.
— Tu sais qu’on a des gens pour ça.
— Pour remettre les masques ou pour fermer les portes ?
— Les deux. Et pour te rappeler que tu es cheffe de service, accessoirement.
Claire ouvrit le dossier. Sur la première page, une étiquette orange indiquait PRÉCAUTIONS AIR. Une seconde, blanche, portait l’identité de Dallier et son numéro de séjour. Le papier était froid, encore raide d’imprimante.
— Le prélèvement est parti ?
— À six vingt. PCR rapide annoncée avant neuf heures.
— Radiologie ?
— Ils attendent ton feu vert.
— Ils l’ont.
Amina resta immobile.
— Non. Ils attendent que tu arrêtes de modifier la demande.
Claire releva les yeux.
— J’ai ajouté un scanner thoracique injecté.
— Puis tu l’as retiré.
— Sa créatinine est limite.
— Puis tu l’as remis sans injection.
— Parce que ça répond à la question clinique.
— Puis tu as écrit « selon avis radiologue ».
Claire referma le dossier.
Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.