Le cylindre ne pesait presque rien, mais on le posait toujours à deux mains.
Gabriel Varenne le savait depuis si longtemps que le geste avait perdu toute solennité. Il prit le tube de métal sur la tablette rabattable, vérifia le numéro gravé sous le clapet, puis le tendit au capitaine de corvette Le Bihan. Maël contrôla le même numéro sur la feuille de réception et apposa ses initiales à côté des siennes.
Dans la cabine du commandant, il n’y avait de place ni pour les effets de manche ni pour les grands mouvements. Un homme debout empêchait presque un autre d’ouvrir la porte. Le plafond semblait plus bas quand le bâtiment descendait, non parce qu’il bougeait réellement, mais parce que tout le sous-marin changeait de voix. Les ventilateurs prenaient un ton plus sourd. Une canalisation travaillait derrière la cloison. Le métal froid sous la paume donnait l’illusion d’un monde immobile alors que, dehors, plusieurs milliers de tonnes d’acier glissaient sous l’Atlantique Nord.
— Routine, dit Le Bihan.
Gabriel hocha la tête. Le message reçu lors de la dernière fenêtre de communication ne contenait aucune modification de mission. Un rappel de procédure météo, deux changements de permanence à terre, une correction administrative dont personne à bord n’avait besoin avant le retour. Tout avait été authentifié, enregistré, puis ramené à sa vraie nature : du papier qui n’exigeait rien.
Il repoussa le cylindre vers son logement.
Le téléphone intérieur sonna avant qu’il n’ait remis le verrou.
— Commandant.
La voix de Marcoux, depuis le central opérations, arriva sans précipitation. C’était précisément ce qui força Gabriel à l’écouter davantage.
— Nouveau contact passif, faible. Gisement instable. Pas de classification.
— Depuis combien de temps ?
— Quatre minutes. Deux acquisitions, puis perte. Ça peut être du trafic de surface déformé par la couche.
Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.