À 7 h 58, la sirène du lundi coupa la voix de Samira au milieu d’une phrase.
Personne, dans la salle de conduite, ne leva les yeux.
Le son venait de loin et de partout à la fois, traversant les vitres épaisses, les gaines, les cloisons et les os. Trois impulsions régulières, assez longues pour qu’un nouvel arrivant se raidisse, assez familières pour que les anciens continuent à boire leur café. Au-dessus du pupitre d’entrée, le voyant d’essai passa du blanc à l’ambre. Un compteur numérique déroula trois chiffres avant de revenir à zéro.
Julien Maréchal regarda sa montre.
— Deux secondes trop tôt, dit-il.
Samira Djouadi termina enfin sa phrase :
— …et si tu me dis que tu peux entendre deux secondes sur une sirène de trois minutes, je te fais tester les bouchons d’oreille jusqu’à Noël.
Julien sourit sans répondre. Il avait déjà ouvert la feuille de suivi.
Le lundi matin, le site ressemblait toujours à une petite ville qui aurait honte de l’être : parkings encore humides de rosée, rues sans nom public, vélos jaunes appuyés contre des barrières, navettes qui déposaient des hommes en chaussures de sécurité devant des bâtiments gris. Plus loin, le Rhône renvoyait une lumière métallique entre les peupliers. La chaleur annoncée pour la semaine était déjà là, lourde et sans vent.
Dans la salle de conduite, elle prenait une autre forme. Air filtré, température stable, odeur de plastique chauffé par les écrans. Chaque chose avait sa place et, surtout, son histoire. Un voyant n’était jamais seulement un voyant. Il était une consigne, une main qui s’en approchait, un cahier ouvert à la bonne page, parfois une conversation trop longue avec quelqu’un qui refusait de décider trop vite.
À trente-neuf ans, Julien travaillait à la sûreté depuis douze ans. Ce qui l’intéressait n’était pas que les systèmes fonctionnent. C’était qu’ils cessent de fonctionner sans que personne puisse prétendre avoir été surpris.
Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.